Editorial -

Géante Rouge 8

Géante Rouge 8

Je rêvais secrètement, depuis quelques numéros de Géante Rouge, d'y faire un jour autre chose que corriger les nouvelles. J'y ai placé un texte de mon cru, mais comment faire pour prendre, rien qu'une fois, la place du patron pour écrire l'Édito ? Dans mon rêve (tout est permis dans le monde onirique), je pouvais choisir l'auteur invité, et même l'illustratrice. Pour jouer ces rôles, je voyais bien, respectivement, Catherine Dufour dont j'admire, bouche bée, l'écriture et l'humour, et Charline qui fabrique les figures les plus incroyables avec son étonnant pinceau à un poil. 2007 doit être l'année des miracles car avec ce numéro 8 de Géante Rouge, c'est chose faite et d'une pierre trois coups ! Bien sûr, un tel avantage a un prix, et pas des moindres. Présider le jury du concours Géante Rouge 2007 n'a rien eu d'une sinécure. Il est très difficile de sanctionner par un classement et des notes chiffrées des textes, tous différents, tous là pour gagner. Difficile de les juger avec un œil que l'on sait forcément subjectif et imparfait. Animer à distance une équipe hétérogène de jurés alors que la vie continue, harassante, stressante parfois pour chacun de nous n'a pas été évident non plus. Pourtant, il n'y a pas eu que des inconvénients à l'aventure.

Géante Rouge

Il a été particulièrement exaltant de voir s'exprimer près de quarante auteurs, tissant autant de suites au même texte de départ, donnant vie à des Lila multiples et construisant les vaisseaux à l'avenant, dans des visions de la science-fiction, bien personnelles quelquefois. Sentir comment un texte, par le choix des mots qui le constituent peut contraindre l'imagination des auteurs et dessiner des constantes ne manque pas d'intérêt non plus. Ainsi, l'importance des données temporelles — « la date », « le jour où Lila avait emménagé », « le lendemain » — fixe à l'avance une certaine construction de récit et constitue, pour certains, une pierre d'achoppement pour la concordance des temps. De même, le prénom de Lila semble être entré en collision avec les personnages de l'imagerie collective que sont Lila Kedrova et Milla Jovovitch, pour donner naissance à des noms à consonances russifiantes et à une série () de Lila plutôt séduisantes. Le vaisseau, lui portera à chaque fois la marque d'une vision de la SF (étroite ou large) et sera, dans la plupart des textes, une soucoupe volante des plus classiques, remplie généralement d'ennemis hostiles.

Mais au-delà de la phrase, c'est bien l'imagination des candidats qui règne, parvenant à certains recoupement troublants où on a envie de lire plus qu'une coïncidence : combien de Lila brunes, homosexuelles, jeunes ? Combien de récits qui finissent mal ? Combien d'invasions angoissantes et d'obsessions sécuritaires ?

Au bout du compte, si quelques textes ont fait l'unanimité du jury, d'autres nous ont partagés, avec parfois plus de 10 points d'écart entre deux notations. La sélection retenue est donc le fruit du mariage de la raison et la passion ; une moyenne de coups de cœur traduits en chiffres. Le résultat d'un travail difficile, mais mené le plus justement possible.

Ketty Steward

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