Editorial -

Galaxies N° 58

Galaxies N° 58 58

PUISQUE NOUS AVONS PRIS L’HABITUDE, depuis le numéro 1 (en fait 1bis) de cette nouvelle série, d’afficher sur le dos de la couverture la numérotation cumulée des Galaxies depuis 1996 – année de (re)naissance de Galaxie(s) (à une lettre près) grâce à Stéphanie Nicot –, réjouissons-nous d’atteindre le numéro 100. Nous avons célébré nos 10 ans l’été dernier, notre numéro 50 l’automne précédent, nous n’allons pas à nouveau repartir dans une célébration, cela finirait par lasser ! Mais le moment est bien choisi pour dire merci à tous ceux qui au cours de ces vingt-trois ans (presque un quart de siècle) ont fait revivre Galaxies et continuent à le faire exister. Je parle aussi bien des équipes successives de la rédaction que des collaborateurs occasionnels, des abonnés et de tous nos lecteurs. Donc pas de commémoration, et pourtant ce numéro est bien celui d’une commémoration puisque le dossier qu’il contient est consacré à une auteure (ou autrice) majeure de la science-fiction : Julia Verlanger. Et pourtant, cette autrice (ou auteure) n’a pu se faire connaître que sous un nom masculin : celui de Gilles Thomas. Car telle était alors la situation, et l’état de la société et particulièrement de la société des amateurs de science-fiction, le fandom du milieu du siècle précédent. Si une autrice (bon, à la fin, il faut que je me décide !) de l’envergure de Julia Verlanger pouvait parfaitement signer sous son nom et avec son genre des nouvelles dans diverses revues qui n’étaient pas toujours confidentielles, en revanche, dans une collection où existait le souci de rentabilité commerciale, il n’était pas concevable de publier sous un nom féminin L’Autoroute Sauvage, Horlemonde, Les Portes sans retour, et près de vingt romans, dont la plupart restent des piliers du Fleuve Noir Anticipation. Aujourd’hui, Julia Verlanger – née Éliane Grimaître le 7 décembre 1929 – est redevenue Julia Verlanger et un prix littéraire porte son nom, qui distingue chaque année l’œuvre de science-fiction qui semble la plus représentative du genre dans la production francophone. Il était donc non seulement juste mais nécessaire que Galaxies lui consacre un dossier et Didier Reboussin nous en a concocté un savoureux.

En plus de deux nouvelles de Julia/Gilles Thomas/Verlanger, incluses dans son dossier, Didier nous offre deux textes qui s’inscrivent chacun dans un des univers de l’écrivaine : un texte signé par lui-même et un autre de Thomas Géha où nous retrouvons avec plaisir le personnage principal d’Alone. Au total, nous avons donc dans cenuméro de Galaxies huit nouvelles. Parmi les quatre de la section générale, on retrouve en premier lieu Ken Liu que Galaxies avait été la première à publier en France. Avec « Ceux qui restent », Ken explore la thématique du téléchargement humain ; mais comme d’habitude il le fait en restant au plus près de ses personnages, dont il explore minutieusement la psychologie et parfois le désespoir. Le second texte, « La fille qui saigne », nous vient de Shweta Taneja, cette écrivaine indienne qui nous avait fait l’amitié de nous donner plusieurs conférences lors de la convention d’Amiens. Cette fois, nous voilà en Inde, après une apocalypse d’un nouveau genre où une épidémie a rendu presque toutes les femmes stériles. Nous verrons de quelle manière terrible, et pourtant pleine d’humour, notre autrice a rendu ce post-apocalyptique d’un autre continent. C’est ensuite une nouvelle de Jean-Pascal Martin, arrivée dans le peloton de tête du dernier prix Alain le Bussy. Et si, sur une planète minière, seules les femmes pouvaient travailler ? Que serait une société de mineuses, de camionneuses et d’extractrices de naphte ? « Le Nouveau Superviseur » nous apporte une réponse à prendre avec humour, et au second degré ! Et enfin, une nouvelle rubrique inaugurée par Patrice Lajoye, avec un texte d’Andreï Marsov de la Russie de 1924 : « L’Amour dans les brumes du futur ». Tous les deux mois donc, dans chaque numéro (sauf les Mercury), Patrice nous fera ainsi connaître un texte venu d’ailleurs et du passé.

Et puis bien entendu, en dernière partie, les articles : la suite du dossier sur l’innovation, avec « La Biomimétique », Musique et SF, le Scalpel du docteur Stoltze, les chroniques rassemblées par Laurianne Gourrier et la rubrique BD tenue par Fabrice Leduc.

Alors, bonne découverte, ou bonnes retrouvailles, c’est selon, et dans tous les cas bonne lecture !

Pierre Gévart

16 février 2019

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