Editorial -

Galaxies N° 56

Galaxies N° 56 56

« J’ai adoré ce premier numéro que j’ai découvert avec un grand plaisir. Il offre une pluralité de pensées et de points de vue en permettant de ne pas se cantonner aux “grands noms”, le tout dans un format parfait, permettant de le lire au boulot, chez soi, dans le bus... C’est vraiment génial de proposer un magazine de cette qualité à un prix si abordable. Il me rappelle beaucoup le dynamisme de New Worlds. Je vous ai découvert par hasard lors d’un moment de farfouille sur Internet et je suis heureux d’être tombé sur votre site. Je m’abonnerai à la formule un an dès que mon abonnement-découverte sera terminé », nous écrit Alan, un de nos nouveaux abonnés. Nous en recevons assez souvent, des messages semblables, qui font chaud au cœur, et nous encouragent à continuer dans notre voie, qui pour nous est la bonne. Et tant pis pour les Picrocholes, et leurs guerres imbéciles et minuscules que chacun ici reconnaîtra.

Je n’ai pas l’habitude d’alimenter les guerres ni picrocholines ni autres, où alors par inadvertance ou par bêtise, à coup sûr, si cela m’arrive. Peut-être – certains me le reprochent – parce que je suis né trop près du second conflit mondial. Trop près de la Seconde Guerre pour avoir oublié encore les ruines qui subsistaient et surtout les cicatrices. Et puis je n’ai pas oublié non plus ces vieux messieurs (pourtant plus jeunes que je ne le suis aujourd’hui) qui étaient mes oncles ou mes grands-oncles, et qui avaient connu cette autre guerre, 35 ans plus tôt, celle de 14-18. Ils en parlaient peu, car ce qu’ils avaient vécu était inracontable, mais ils avaient encore dans la tête et dans le cœur la boue des tranchées mêlée de tripes et de sang, le vacarme des mitrailleuses, les sifflements des obus, les ronflements des mines, et puis les rats, le froid. Et parfois même ils ont vécu, le reste de leurs jours, un shrapnell leur tenant lieu d’omoplate. Eux non plus n’aimaient pas la guerre en dépit des drapeaux et des monuments aux morts où ce qu’ils venaient célébrer avec fidélité n’était pas la violence des combats, mais le souvenir des copains disparus dans ces tranchées d’enfer où l’avenir lointain ne se comptait qu’en heures, voire en secondes. Alors, pensez ! De la science-fiction…

Il a donc fallu un certain courage à Patrice Lajoye pour se lancer dans le dossier que je lui avais proposé de monter sur la guerre de 14-18, à l’occasion du centième anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918. Courage, parce que de la science-fiction, pendant ces années de boucherie, on n’en a pas écrit beaucoup. Comment se laisser encore aller à l’imaginaire quand on vivait l’inimaginable ? Dans toute la production des journaux de tranchée, qui furent nombreux, Costes et Altairac, dans Rétrofictions, leur Encyclopédie de la Conjecture Romanesque Rationnelle Francophone, n’ont dénombré que trois pièces de littérature spéculative ! « Trois publications renfermant de la conjecture ont été repérées (…) On peut également mentionner un texte paru dans un journal de prisonniers en Allemagne, “Au temps où les femmes règneront” ». Allez, quatre, en quatre années de guerre. Voilà qui n’est pas bien abondant ! Et pourtant, avant, on en a écrit ! Le capitaine Danrit (en fait colonel Driant) a été l’un des plus prolixes des écrivains de ce qui n’était pas encore de la science-fiction militaire de l’avant-guerre. Il s’est projeté dans l’avenir guerrier en imaginant ou en essayant d’imaginer ce qui serait, et peut-être pas qu’il tomberait lui-même haché par la mitraille devant Verdun. Et puis, on en a écrit après, aussi, mais encore avec circonspection, comme si le fait qu’il existe encore des poilus vivants rendait la chose difficile. Maintenant, la plume se libère, et on verra dans ce numéro quelques nouvelles suggérées par la grande taillade.

En plus de ce dossier qui contient lui-même neuf nouvelles (dont une sous forme numérique), cinq autres (dont deux en numérique). La première est le le Bussy d’Argent ex aequo 2018 : « Bodythèque », de Wilfried Renaut. Suit un superbe conte de Claude Mamier, « La Guérisseuse (aux rives prochaines) », et enfin « Dieu est Mon miroir », de Paul Hanost, une nouvelle imprégnée des peuples des plaines. En numérique, deux mentions du jury le Bussy : « Don de soi », de Victor Juliett-Bravo, et « Dieu Point Zéro », de Florent Paci. (Pour mémoire, sur simple demande, les abonnés classiques peuvent recevoir le supplément numérique de leur numéro.)

Vous trouverez aussi bien entendu les rubriques habituelles, dont la suite du dossier du no 54 sur l’Innovation, par Giacomo Bersano, et un bon coup de gueule de notre ami Claude Ecken qui n’a pas vraiment apprécié la nouvelle traduction de 1984 de George Orwell.

Un numéro 56 bien riche, donc, et dont nous vous souhaitons bonne lecture !

26 octobre 2018

Pierre Gévart

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