Editorial -

Galaxies N° 55

Galaxies N° 55 55

À la suite de la parution, en avril 2017, du numéro spécial de Galaxies que j’ai eu le plaisir de diriger et qui donnait un aperçu de la science-fiction africaine, j’ai pu constater l’intérêt des lecteurs occasionnels et réguliers de la revue pour ce sujet. On me remerciait généralement d’avoir pris le temps, avec l’équipe de rédaction réunie pour l’occasion, de rassembler les textes et articles qui me paraissaient à la fois intéressants et pertinents. Mais la conversation s’arrêtait rarement là. Chacun avait son avis sur la question et, bien souvent, on me prêtait une expertise, que je suis loin de détenir, sur la science-fiction africaine, sur l’Afrique elle-même ou sur l’avenir du continent.

Je dois le confesser, une fois encore : malgré ma peau noire, je ne suis pas plus africaine que le rédacteur en chef régulier de Galaxies. Je le suis peut-être même moins, n’ayant jamais vécu sur ce continent. Par ailleurs, il me faut rappeler que l’Afrique est une terre immense et contrastée et que vouloir la représenter comme un ensemble homogène relève soit de l’ignorance, soit de la folie. Le présent numéro n’est donc pas un « Spécial SF africaine bis », mais bien le travail inspiré par les cogitations qui ont suivi nos discussions. Que pouvons-nous savoir sur les pays d’Afrique ? Quel imaginaire de l’Afrique hante des auteurs de SFF français d’aujourd’hui ? De quelle façon les recherches scientifiques actuelles peuvent-elles nous éclairer sur les futurs de l’Afrique ? Quels progrès avons-nous faits, collectivement et individuellement, dans notre regard sur ces terres, jadis teintées d’exotisme ? Enfin, pour boucler la boucle, quels scénarios de science-fiction les scientifiques qui s’intéressent à l’Afrique sont-ils susceptibles d’imaginer pour le plus vaste des continents ?

Compte tenu de l’ampleur de la tâche, j’ai sollicité la brillante Julie Morin-Rivat, chercheuse et écrivaine (rencontrée grâce au Galaxies 46) qui m’a prêté main-forte pour construire le présent numéro avec quelques autres contributeurs que vous découvrirez. Nous vous proposons donc quatre auteurs français et dix-sept chercheurs passionnés qui tentent de répondre directement à nos questions.

La couverture d’une graphiste queer engagée, une fiction d’un auteur zimbabwéen, un film africain coscénarisé par un auteur français, un blockbuster postcolonial, un cycle de rencontres afrocyberféministes… tels sont les éléments qui viennent compléter cette photographie grand-angle de l’Afrique vue d’ici, d’ailleurs, aujourd’hui et demain.

Il semble, au travers de ce kaléidoscope, que l’imaginaire sur l’Afrique ait évolué vers plus de réalisme et de nuance, même si les rapports de force historiques, les impensés et les non-dits pèsent encore sur certaines représentations, quelle que soit l’entrée choisie, science ou fiction.

Ketty Steward

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