Editorial -

Galaxies N° 3

Galaxies N° 3 3

À Galaxies, nous aimons bien que les écrivains des littératures hors-champ viennent se balader sur nos plates-bandes. Nous leur avons même consacré la chronique régulière de Denis Labbé : Autres mondes, et vous pouvez occasionnellement en rencontrer dans les notes de lecture réunies par Olivier Noël. Un de mes chers et néanmoins estimés critiques a même bien voulu m’accorder pardon de toutes mes fautes pour avoir eu le cran (sic) de consacrer une de ces fiches au Rivage des Syrtes de Julien Gracq… Et nous avons apprécié aussi à Nantes, cette année, pour les Utopiales, que le Grand Prix de l’Imaginaire soit revenu à un des auteurs maraudeurs, Georges-Olivier Châteaureynaud, pour L'Autre rive (Grasset) montrant ainsi que ces explorateurs sont les bienvenus parmi nous.

Pourtant, lors de la cérémonie de remise, quelqu’un remarquait, à juste titre, que l’inverse était encore rare. Aussi, c’est avec une satisfaction non dissimulée que j’ai découvert dans une grande librairie lilloise, au milieu de la table sur laquelle étaient exposés les grands romans de la rentrée, loin des rayons reculés où se trouvent habituellement les ouvrages appartenant au genre qui nous est cher, la belle couverture Prune-? -l’eau-de-vie du dernier roman de Xavier Mauméjean : Lilliputia. Mauméjean entre le Goncourt et l’Interallié, et l’autre soir chez Michel Field. Quelque chose bouge. Et je crois que c’est à des gens comme lui que ce mouvement est lié.

Pour Xavier Mauméjean, un livre de science fiction, ce n’est pas un livre qui est publié dans une collection de science fiction, mais un livre que son auteur a écrit en décidant que c’était de la science-fiction… Lilliputia aurait pu également (vous remarquerez que je n’ai pas dit « aussi bien ») être écrit par un autre écrivain, qui ne se serait pas réclamé de l’imaginaire, allant jusqu’à essayer de nous en faire accroire, comme Jean-Christophe Rufin affirmant que Globalia, un thriller SF assez classique, et qui, découpé en trois tranches aurait bien eu sa place au Fleuve, ne faisait évidemment pas partie de cette sous-littérature de gare qu’est la science-fiction, mais était une nouvelle façon d’aborder l’écriture… J’apprécie le style et les livres de notre ambassadeur au Sénégal, mais son humour, ici, m’échappe un peu…

Mauméjean affirme écrire de la SF, et il a raison, et sa SF à lui, c’est de la littérature, pure, forte, démesurée, parfois, roborative, avec ce défaut des grands textes de vous laisser pantelants après lecture et incapable de replonger tout de suite dans le monde d’un autre écrivain. Moi, il me faut deux ou trois jours…

Mauméjean n’avait pas encore eu sa place au premier rang dans Galaxies, et j’ai tenu, le premier dossier étant arrivé tout bouclé dans mon escarcelle, à ce qu’il fut le premier invité, avec ce numéro 3 dont le dossier lui est consacré. Xavier nous donne ici quelques bonnes feuilles d’un prochain livre, dont l’appartenance au monde du space opera en étonnera plus d’un tout en assurant le lien avec le dossier du numéro 2.

Autour de ce dossier, des textes venus d’horizons différents : le Canada avec Jean-Louis Trudel qui nous signe ici une de ces excellentes nouvelles dont il a le secret, y posant la question de l’écologisme radical et de la démocratie directe à outrance, la France, avec Jean-Michel Calvez nous offre Méduses, une contemplation de l’espace, une Guerre des mondes sans guerre, les Etats-Unis, avec Shane Tourtelotte et son exploration d’étranges relations familiales, la France encore avec David Réa, Prix Infini 2008, et son Petit pont massacreur, l’Espagne avec Roberto Bayeto qui nous entraîne quant à lui du côté d’une cyber-Egypte ou se situe Le marché des ombres. Enfin, pour les candidats au voyage, « The love ship guide » de la séduction à gravité zéro, de Steven Pirie, avec un humour très british, en quelque sorte… Un pays, la Grande-Bretagne, où nous emmène ce mois-ci Gillian Gray dans notre tournée européenne de la SF.

Bonne lecture !

Pierre Gévart

21 novembre 2008

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