Editorial -

Galaxies Hors-série « Mundanes »

Galaxies Hors-série « Mundanes » Mundanes

“Qu’est-ce que le genre Mundane ? C’est un effort pour faire de la SF la meilleure des SF possibles.” Écrit Geoff Ryman en tête de son introduction au spécial Mundanes d’Interzone. Et il précise : “ La meilleure des SF possibles devrait être de la science-fiction.” En appuyant sur le mot « science ».

Mais était-il besoin, dans un genre qui réussit déjà très bien tout seul à se cloisonner en multiples chapelles, écoles, sous-genres et styles, de créer les “mundanes” ? C’est une question à laquelle la lecture de ce hors-série 2010 de Galaxies devrait déjà nous aider à apporter une réponse.

Quand avec quelques amis Geoff Ryman a décidé de créer une science-fiction épurée de tout le fantastique, de toute la magie non dite, de tout ce qui pouvait paraître scientifiquement peu probable, sans doute réagissait-il également à cette image parfois lourde à porter du genre “aux petits homes verts” et aux voyages à vitesse supérieure à celle de la lumière, complétés par les pistolets (puis sabres) lasers, les voyages dans le temps et la télépathie que beaucoup de lecteurs et même d’auteurs ont fini par intégrer dans leur corpus en se persuadant eux-mêmes que tout cela est beaucoup plus sérieux que des elfes, des baguettes magiques et des sorts de lumière.

Après tout, il est peut-être plus facile de jeter un sort que de se transporter instantanément dans une autre galaxie !

Pour autant, pas question non plus pour Ryman de réaliser des récits didactiques, prospectifs, terriblement ennuyeux, et ayant aussi peu de chances de se réaliser trait pour trait que les visions d’avenir de Jules Verne ou de Robida de se retrouver aujourd’hui telles quelles dans notre vie quotidienne.

N’ayez crainte, il n’en sort pas non plus un produit uniforme, manufacturé, sans âme et sans piment. Ici aussi, la lecture des sept nouvelles reprises dans ce recueil vous en convaincra.

En fait, ce recueil a une histoire qui le lie étroitement à notre consœur britannique, la revue Interzone.

C’est dans le numéro 216 d’Interzone, daté de juin 2008, que Geoff Ryman a décidé, avec l’accord de la rédaction, de réunir autour de lui six autres auteurs : Lavie Tidhar, Chelsea Quinn Yarbro, Billie Aul, R.R. Angell, Elisabeth Vonarburg et Anil

Menon en demandant à chacun de s’inscrire dans les quelques principes qu’il avait posés pour écrire chacun une nouvelle.

Ces “mundanes” paraissent ici pour la première fois en traduction française, excepté celle d’Elisabeth Vonarburg, qui avait pour sa publication dans Interzone été traduite en anglais par Howard Scott et l’auteur, et qui a par ailleurs fait l’objet d’une publication en français dans les pages de Solaris.

C’est à Sissi Pantelis, qui a signé dans Galaxies plusieurs articles et chroniques sous le pseudonyme de Gillian Gray que revient le mérite d’avoir attiré notre attention vers le mouvement des Mundanes. Et il nous a tout de suite semblé intéressant de donner aux lecteurs francophones l’accès à ces sept textes bien différents. Geoff Ryman, d’abord, puis l’équipe dirigeante d’Interzone ont tout de suite accepté, et nous les en remercions. Ce sont même eux qui nous ont suggéré de reprendre l’illustration de couverture de Christopher Nurse. Nous avons complétés ces textes par un dossier reprenant le texte d’une conférence de Geoff, ainsi qu’une interview du fondateur des mundanes, réalisée par Sissi.

Restait le nom : “mundanes”. Un mot qui évoque le monde au quotidien, bien loin évidemment d’une mondanité quelconque. Elisabeth Vonarburg a proposé, et d’ailleurs adopté, au Québec, la traduction “profanes”. Il nous a semblé que le mot était de ce côté de l’Atlantique trop connoté pour rendre l’idée qu’ont voulu y placer les auteurs. En réalité, aucun mot ne correspondait exactement au champ sémantique visé et aucune proposition ne nous a semblé réellement satisfaisante. Nous avons donc préféré conserver l’appellation d’origine : “Mundanes”.

Vous verrez aussi que, sans doute, beaucoup de textes existants en dehors des mundanes pourraient aisément y être raccrochés. A vous d’en juger, de nourrir le débat, et qui sait, d’écrire des mundanes à votre tour ?

Mais à vous encore de penser qu’on peut aussi rêver en s’affranchissant des carcans du vraisemblable, car, de toutes façons, le futur n’est jamais ce qu’il aurait vraisemblablement pu être !

Pierre Gévart

12 mai 2010

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