Editorial -

Galaxies N° 42

Depuis que Douglas Adams l’a posée dans Le Guide du voyageur galactique (titre original : The Hitchhiker's Guide to the Galaxy, abrégé notamment en H2G2), la question dont la réponse est 42 ne cesse de hanter le monde de la science-fiction. Un nombre redoutable pour Galaxies singulièrement, puisque la première série de Galaxies (avec « s ») s’est achevée un peu brutalement sur un premier numéro 42. Ce qui fait d’ailleurs que le présent numéro porte une double numérotation : 42/84. En toute bonne logique, le prochain pourrait donc être simplement numéroté 85, ce qui voudrait dire qu’il y a eu auparavant 84 numéros de la revue sous son titre pluriel. Oui, mais cela ne serait pas exact, puisqu’il n’y a jamais eu de Galaxies N°41, dans la série précédente. Par ailleurs, les deux séries ont comporté chacune trois numéros hors-série. On peut ou non considérer que les hors-séries peuvent être réintégrés, ou certains seulement… Et enfin, il y a le cas épineux du N°22/64 qui avec ses deux couvertures a dû faire l’objet d’un double dépôt légal. La question pourrait donc être quel est le numéro exact de ce numéro ? Et je répondrais « 42 », puisque c’est ce qui est écrit sur la couverture…

Bref, pourquoi 42 ? Nous sommes allés au cœur du Saint des Saint interroger directement xlii, les vrais : Ellen Herzfeld et Dominique Martel, qui nous ont dévoilé les secrets de « Quarante-deux », le site le plus fréquenté de la SF française. Nous avons également interrogé un spécialiste de la culture geek : David Peyron, qui resitue le nombre dans le monde de l’informatique. Enfin, nous avons posé la question sur notre page facebook, et vous trouverez un certain nombre de réponses dans les éditions électroniques de la revue.

Mais le gros morceau de ce numéro, ce n’est pas ce jeu sur le nombre non premier 42, mais un dossier qu’Alain Dartevelle a construit sur la base de trois longues interviews que lui a accordées Jean-Baptiste Baronian, longtemps éditeur, directeur de la collection SF de Marabout, mais aussi écrivain. Vous découvrirez donc aussi deux nouvelles de cet acteur majeur de la science-fiction française (au sens large) de la seconde moitié du XXème siècle. Galaxies, tout en continuant à explorer l’espace des science-fictions du monde, et l’venir en permettant à de nouveaux auteurs de trouver leurs lecteurs, continue ainsi à explorer aussi, et à écrire l’histoire de notre genre.

Côté nouvelles, c’est le mois de la découverte d’un nouveau Prix le Bussy : Manuel Le Gourierec. Avec « Mona et le nouveau monde », cet auteur auquel nous souhaitons la bienvenue nous donne un récit finement ciselé, celui d’une désespérance, celui d’un avenir cassé, celui d’une maternité. Le lauréat 205, qui faisait cette année partie du jury, revient aussi dans ce numéro avec « Ctimène ou les meilleures intentions… », nouvelle avec laquelle il avait obtenu l’an dernier le Prix René Barjavel. Il s’agit ici, mais d’une manière toute différente, d’un autre voyegeur imprudent. Pierre Bordage, cette fois tout-à-fait dans ce cœur de cible, nous offre «Mes chers enfants », qu’il a écrit en acceptant de participer à un match d’écriture à Epinal, avec le signataire de ces lignes comme coéquipier. Pour sa part, Gulzar Joby, avec « C’était mon dernier bateau », et Jean-Louis Trudel : « se rappeler des morts parce qu’ils le veulent » nous confient deux nouvelles fortes, bien dans leurs manières respectives, et Janna Silverstein, traduite par Jean-Michel Calvez et Lucie Chenu, pose à son tour une question forte, la véritable question ultime : et après ? Après la vie ?

Galaxies, cette fois, ne s’est pas éloignée beaucoup de son centre de gravité européen, mais dans les mois à venir, nous allons reprendre notre inlassable quête des SF d’ailleurs. D’abord, en septembre avec un dossier consacré à la SF arabe. Nous en avions déjà parlé, mais de manière incomplète dans un de nos premiers numéros, mais cette fois, nous en dirons plus, notamment avec des nouvelles jamais encore traduites en français. Et puis, en mars prochain, ce sera le spécial Afrique. La science-fiction africaine exite, avec ses auteurs, ses chercheurs, ses publications, ses concours de nouvelles, ses webzines… Galaxies va vous donner toutes les clefs !

Bonne lecture !

Pierre Gévart

26 juin 2016