Editorial -

Galaxies N° 31

Au fil des années, une équipe s’est constituée. Nous ne fonctionnons pas comme un comité de rédaction classique, avec des rendez-vous autour d’une table, des discussions de vive voix, etc. Mais nous fonctionnons, en plein dans cette ère du numérique avec laquelle nous sommes venus, ou revenus, à la science-fiction. C’est pourquoi, alors que Galaxies nouvelle série vient de fêter à Amiens sa sixième année d’existence, alors que nous avions prévu pour cette année de travailler à un dossier consacré à Jean-Pierre Fontana, notre rédacteur en chef délégué avec Jean-Pierre Andrevon sur les Galaxies-Mercury, nous nous sommes posés la question de nous tourner vers nos propres auteurs.

Le fandom a ceci de particulier que la frontière entre les acteurs éditoriaux, les lecteurs et les auteurs est une frontière floue. Même si tous ne le disent pas, ou s’abritent (car c’est aussi une des caractéristiques des technologies de l’information et de la communication (TICE) de faciliter cela), beaucoup de ceux qui lisent écrivent, de ceux qui écrivent éditent, de ceux qui éditent… etc. Et ce fandom, qu’on le rencontre dans les conventions, les festivals ou dans les salons, qu’on en retrouve l’expression multiple et permanente sur les réseaux sociaux, qu’on le pratique en se croisant dans les rayons des librairies spécialisées qui résistent à la vague du numérique, et mieux qu’on ne pouvait le craindre, c’est le vivier de notre équipe, notre vivier.

Ainsi, plusieurs d’entre nous se sont lancés, s’exposant à la critique, certes, mais espérant aussi rencontrer leur public.

Même si Michel Jeury n’est pas tout à fait un membre régulier de l’équipe – hélas, son état de santé l’explique en partie – c’est un compagnon de la première heure. Notre première rencontre s’était opérée à Nyons, devant le stand Galaxies où ne figurait encore que le premier numéro, le fameux 1bis. « Comment fait-on pour écrire dans Galaxies » m’avait demandé non sans une ironie toute pétrie de sympathie, Michel. Et depuis, nous lui avons consacré un numéro, et eu le plaisir et le privilège de publier des nouvelles inédites qu’il nous fait le plaisir de nous réserver. « Les Sept Boréales » est la dernière en date. Lucie Chenu qui s’attelle depuis plusieurs numéros à la tache ingrate de la chasse aux coquilles et imperfections, est aussi, chacun le sait, une anthologiste, mais surtout une auteure. Son « Dernier Voyage » montre toute sa capacité à créer des mondes, en rupture ici avec ce pessimisme qui nous effraie parfois dans les textes que nous recevons. Si la science-fiction est, comme je le crois, la littérature de la rupture, rompre avec le conformisme de la dystopie est particulièrement indiqué. Et si à l’inverse « Reconnaissance », la nouvelle de Jean-Michel Calvez, notre chasseur de talents anglo-saxons, part d’un postulat pessimiste, elle offre plusieurs niveaux de lecture, de quoi satisfaire les lecteurs les plus exigeants. Enfin, votre humble serviteur prend le risque de se publier lui-même avec une nouvelle qui, sous anonymat, avait été sélectionnée par le jury du Prix le Bussy (mais retirée avant le choix final, restons décents !) : « Esprit de famille ».

C’est justement ce Prix Alain le Bussy (ex prix Infini) qui nous apporte ce bijou d’Amandine Millot : « Où es-tu ? », Prix le Bussy 2014 ex aequo avec Bruno Pochesci, dont la nouvelle ouvrira le numéro de novembre de Galaxies – Mercury N° 32. Rappelons-le : cette année, 205 nouvelles ont été envoyées et lues par un jury de sept membres. Cela témoigne à la fois de la vitalité de ce fandom-producteur tout à l’heure évoqué, et de sa capacité à faire émerger des auteurs de qualité.

Jacques Fuentealba, s’il est aussi auteur, vient ici avec un des textes hispaniques dont il a le secret de savoir les débusquer. Ici, c’est en Uruguay qu’il est allé trouver (pour la seconde fois) Roberto Bayeto, avec sa « Ballade à Bicyclette » à la traduction si bien troussée !

Au-delà des mers, nous retrouvons Arvind Mishra, avec une lettre de l’Indre consacrée à une convention mondiale indienne et Denis Taillandier, qui nous donne ici, avant un dossier complet l’année prochaine, la suite de sa passionnante étude de la SF japonaise.

Saluons avec plaisir le retour de notre Denis Labbé avec une quatorzième chronique de sa série « Autres Mondes » consacrée cette fois à Georges-Olivier Châteaureynaud, la fidélité au poste de Philippe Ethuin dans son rôle indispensable de Bouquineur, la solide rubrique livre coordonnée par Laurianne Gourrier avec le concours de Georges Bormand et de ses chroniqueurs, et enfin l’indispensable chronique BD d’Alain Dartevelle.

Il ne manque plus que Viktoryia et Patrice Lajoye et Jean-Pierre Andrevon, mais ils sont bien là, et nous les retrouverons bientôt, avec des dossiers solides et parfois suprenants…

C’est ainsi que Galaxies « fait son numéro », avec ses auteurs, et pour ses lecteurs dont les messages, la présence, l’amitié ne cessent de nous encourager ! Merci à tous et…

Bonne lecture.

Pierre Gévart

11 août 2014